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June 06 AspirineJe voudrais Etre un cachet d’aspirine. Dans les troubles, Les frissons, Les fièvres perlantes Apparaître Blanc Poudre magique comprimé Le cercle Si pur Clinique
Etre plongé Dans un bain d’eau tiède M’ébattre dans mon effervescence Propre Pétiller Balloté par mes remous Propres Sous la bruine De mes particules Propres
Etre l’œil Au centre des eaux Le reflet mouvant D’une lune pleine Entière Halo incertain Rongé par les flots Fermer la paupière Vers l’évanouissement
S’affiner en croissant Barbouillé d’écume Descendre les quartiers S’effriter Se corroder Se désagréger Se désintégrer Minuscules bulles Instables Puis plus rien Dissolution totale
Abandonner à la transparence Tous ses effets Restent les eaux Et sur les bords D’infimes cristaux Et l’amertume bue Quoi, de la rage de dents Des raideurs articulaires D’un crâne fêlé June 04 Face de LuneA Tristan appuyé de Mario
Comme un animal Debout Noir au bout des pattes Et chair blanche Epais Comme un gros arbre Un arbre qui sourit Tranquillement D’une large fente Sur son visage rebondi Sa face de lune Et ses yeux se plissent Dans l’ivresse moite Des jeux nocturnes.
Rangers noires Gants noirs Les sabots de l’étalon Qui s’ébroue A travers des prairies Arrosées de sueur Son crâne lisse ruisselle Et son sourire remonte Deux mots ont glissé Et ses yeux se plissent encore Il replonge dans sa quête Fouille ma nuit Résolument Dans l’invisible Où il erre goulûment.
Je flotte au creux De cette main cachée Juste retenu par une sangle de cuir Je suis la ligne brûlante Qu’il me trace Lignes ou arabesques Appuyés de noir Je me soulève ou me renverse Dans des extases Qu’il suscite Les murs de la cabine Se sont renversés Tous Seul un miroir Là-haut Rugit Exaltant la voie.
Face de lune Solide Roc inébranlable Boit mes transes Et ses yeux se plissent encore Et son sourire remonte Il nage bienheureux Ses bras dansent Juste cette bordure noire Qui joue à disparaître Alors je m’agrippe A des tonitruances musicales Qui frappent à la porte.
Attentifs au fil Nous nous suivons Lui dans mes bourrasques Moi dans ses finesses De longues tirades Fermes et insolentes Glissées de son sourire Par son épaule Son bras Son coude Son avant-bras Qui roule dans les arrondies Où je me vautre Traversant la nuit Dans des éthers les plus purs
La porte claque Derrière moi Rue Sainte-Catherine Toute blanche Le jour s’invente Une nouvelle naissance Le pas lent de passants Rares, épuisés Je respire Sur ce trottoir Cet air nouveau Qui s’éclaire d’orangés Un souffle tiède passe Et attise l’âme Encore enivrée Le corps juste un peu las
La rue descend large et vide Les feus clignotent Mollement Inutiles Des terrasses désertes Parasols pliés, oiseaux endormis Les immeubles lèvent encore Leurs masses noires Au loin Le Pont Jacques Cartier Se réveille dans les brumes Et tout là-bas La lumière Et cette joie… April 26 La tasse et le galet-Tu Ça a commencé par des bruits, celui d’une serrure à la porte d’entrée, elle s’est ouverte dans son grincement habituel. Puis des pas sur le parquet et enfin, plus loin, une valise que l’on dépose par terre. -A trois, impossible à raconter. Juste après, le “Il ” est entré dans la cuisine. Etendant la main vers la radio posée sur le buffet, il l’a allumée. -Expulser le galet sur la nappe. Tu voudrais dire… Il a pris la bouilloire électrique et l’a remplie d’eau qu’il a mise à bouillir. Rapidement le murmure des résistances qui chauffent. Il a ouvert le buffet pour prendre la boîte de thé, une cuillère, deux, versées dans un sachet. Par-dessus le bavardage de la radio, l’eau a chahuté de plus en plus, puis le déclic, sec, de la bouilloire. Le glouglou de l’eau dans une théière de fonte. Il a saisi le mug sur l’égouttoir, un de ces mugs banals sur lequel on voit sur un fond blanc un « i », un cœur rouge et « Paris », et il s’est versé sa première tasse de thé. -Ce galet enrobé de sucre glissé dans ta bouche. Cette scène s’accomplit tous les matins : La porte qui s’ouvre. Le doigt qui allume la radio. L’eau à chauffer, la préparation du thé. Il ouvre le frigo, sort le lait et le jus d’orange, les pose sur la table, sort une assiette, un verre, une cuillère, remplit le verre, met des céréales dans l’assiette, ajoute le lait froid, s’assoit et déjeune. Ensuite il s’en va travailler dans son bureau avec sa tasse de thé. - Exprimer le plaisir… Comme une dragée répand ses arômes dans les vagues. La traînée dégouline, s’étire, élance sa tête plate, long trait serpentant, rigole, du miel lumineux au fond des obscurités. Impuissant, le regard abandonne. Et le sucre s’échappe dans une nouvelle nappe de salive. Ecœurant, en grandes lampées tièdes. Pendant trois jours, la porte ne s’est pas ouverte. Pendant trois jours, la radio n’a pas bavardé. Pendant trois jours, la bouilloire n’a pas gazouillé. Trois jours d’absence. Et ce matin, la porte s’est à nouveau ouverte, mais plus tard que d’habitude. -L’aveugle, entré dans un palais, recompose les ors et les velours du bout des doigts. Comment peut-il dire ? Quel est ce palais ? Aujourd’hui, le “Il ” n’a pas vraiment déjeuné, juste du thé et il n’est pas sorti de la cuisine, mais il s’est assis, le coude sur la table de bois, la tête appuyée dans la main droite, juste au dessus de sa tasse. -Trois jours à trois, triangle innommable dont les faces se bouleversent sans cesse. Un delta drainant toutes les eaux vers l’océan. Triade Indicible. Et le galet auréolé de plaisir tournoie entre les parois invisibles, diffusant un brouillard d’ambroisie, une bruine d’étincelles, d’images, trouées au sein des ténèbres. Il s’échappe de lui-même. Trois jours sans soleil. Devant lui, une poivrière, un pot de sel, du pain dans un sachet de papier kraft, mais le “Il ” regarde seulement sa tasse pendant que la radio distille des mots dans cette cuisine un peu froide. -Le sucre disparu à l’aube, juste une trace sur le bout de ta bouche, le galet nu, juste une surface lisse, plate, dure. Le caresser encore de la langue, du palais. Jouer avec les images qui se cristallisent peu à peu. Et cela dure, sans bouger ; seul, le mouvement de la vapeur qui monte au-dessus du thé et les phrases qui débordent du poste. -Le jeu fatigue. Expulser le souvenir. Tout lancer d’un puissant jet. Sentir passer les mots, traverser les lèvres dans un souffle long. Tout étaler sur la table d’un dîner bien réglé. Mais le galet tourne encore dans la bouche, comme un noyau, tourne, tourne toujours. Tu remâches le silence pétrifié. Lentement le liquide refroidit dans la tasse. Faiblement, un goutte à goutte dans l’évier, le robinet mal refermé. -Un noyau de pierre, sans germe. Tu aurais voulu… le mettre en terre pour qu’il s’élève, impossible. February 21 En trainJ’ai vu la mer grise Cachée derrière d’énormes pelleteuses jaunes Et des camions qui charrient des tonnes de terre Pour des plages inventées Et des parkings en construction.
Puis elle a disparu Dérobée par une lande crasseuse Où végètent sur une terre brunâtre Des arbrisseaux rabougris Colorés de sacs plastiques décomposés.
De l’autre côté, un étang s’étale, gris lui aussi Avec les indispensables flamands roses Statiques comme des faux Jusqu’à une large zone envahie de roseaux Haute barrière impénétrable.
Une vaste plaine commence, La végétation s’y étiole Sans envergure Mais y croissent des lotissements Aux bicoques bêtement roses.
Puis les vignobles s’accumulent Des vignes bien entretenues D’autres envahies par les herbes Mais toujours ces lignes parallèles Qui strient le paysage.
Les lotissements reviennent, Aux toits de tuiles, invariablement, Des maisons inachevées, Des murs de moellons Des charpentes fragiles Des jardins éventrés.
Les faubourgs s’ouvrent Par des casses de voitures Des montagnes de ferraille Des alignements de villas Parfois pimpantes Obturées par des haies Qui laisse deviner de petits jardins Envahis de jouets Et d’objets au rebus.
Au fond apparaissent les barres d’immeubles Sur lesquelles pullulent Des antennes paraboliques Identiques Quelques vélos accrochés sur les balcons.
Les bâtiments grandissent Se raffermissent Encadrent la voie La gare…
Les bâtiments s’abaissent Perdent de leur rigueur Des baraques biscornues se suivent Avec ou sans balcon donnant sur la voie Un immense parking Encombré de caddies Face à un hangar Aux portes vitrées D’immenses enseignes Annoncent la grande surface Cernée par des HLM Plus ou moins hauts Plus ou moins longs Et toujours les lotissements.
Reviennent des prairies douces Où paissent des chevaux ou des moutons Des landes jaunies par des herbes sèches Et les vignes segmentent encore La plaine et les collines Parfois un grand arbre élance très haut La solitude de ses bras Ou des platanes s’alignent le long d’une route.
Arrivent des villages aux clochers identiques Bordés de zones artisanales Qui alternent terrains vagues Constructions entourées de voitures Zones où stagnent des engins, des citernes Et des champs de ronces agrémentés d’ordures De gravas ou de ferrailles.
Et tout ceci s’échelonne dans un ordre presque sans faille. January 15 Asphalte des trottoirsAsphalte Ligne noire à suivre Je marche et le bitume soutient mon allure Pas à pas, Base de mes enjambées Solide sous mes pieds L’appui de mon avancée Trampoline de mes errances
Asphalte Je vais Sans empreinte Passage invisible Asphalte A peine touché Une fraction de seconde Jamais touché Jamais pieds nus
Enrobé Liquide solidifié Conglomérat de particules Etendu comme une soupe charbonneuse Epaisse et chaude Odeur de caramel brûlé Lissé à la spatule Aplani au rouleau Parmi les vapeurs bleues
Enrobé Devenu pierre Anthracite palie Grisâtre en nuances Dégénérescence du noir Par les effets du temps Et des usages Mêmes les trottoirs Se décolorent
Enrobé Epiderme endurci Sous sa couche Circulent les énergies Les fluides et les liquides Le monde d’en-dessous Et sur cette peau Des écorchures terreuses Des cicatrices Des bouches Qui engloutissent les excédents Des regards aux paupières de métal
Bitume Parfois enfoui sous des neiges Qui ramollissent trop vite Noir et blanc boueux Parfois enfoui sous les feuilles pourries Noir et décomposition fauve Parfois rutilant sous les pluies ricochantes Des clapotement drus Beau noir lumineux
Bitume L’arrêt définitif des objets Point limite des chutes L’à terre péremptoire Volontaire ou non Constellation de chewing-gums Réceptacle de crachats Des mégots abandonnés Dégoulinant de pisse de chien Pire…
Macadam Tout près, S’effondrent Sur ce matelas Dernier galetas Ceux qui ne savent plus Où se cacher Les accroupis Des aumônes rares
Macadam Support des craies à marelles Où l’on gagne le ciel A cloche-pied Les verts paradis A quelques pouces Au dessus du caniveau
Macadam Le plan horizontal où s’érigent les verticales du grand décor Assise où tout est bâti Support d‘audaces vertigineuses Macadam Appui du béton Ligne de fuite Jusqu’au seuil Pour s’échapper par les coulisses
Asphalte Parfois théâtre d’ombre la nuit Elle me double, s’allonge, s’étire, immense puis pâlit et disparaît Je me retourne Elle est là derrière moi, me suit, me dépasse sur le côté, marche devant moi, s’allonge et se perd Pour revenir s’accrocher à mon dos Et recommencer son manège
Asphalte L’instrument de mes trajectoires Je file sur une corde Accroché entre deux termes J’en viens J’y vais Sans importance Seules les vibrations Du passage M’enchantent
Asphalte Sur ces résonnances Qui éveillent des mondes Se jouent mes comédies Des milliers de personnages Sur la partition A décrypter |
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